Des familles et des arbres : la généalogie, votre guide complet

Publié le 25 janvier 2026 à 12:32

D’où venons-nous ?

De tous temps l’Homme, animal social par excellence, a eu conscience de l’importance de son appartenance à un groupe. Parce que le groupe, -" la famille", "le clan" - est la condition de sa survie, mais aussi le lieu des apprentissages et des transmissions, le lieu des origines et de l’entraide.

Dans le même temps qu’il revendiquait de mille manières cette appartenance et ces racines, il s’est interrogé sur la question de ses origines.

Aussi loin que l’on puisse remonter dans l’Histoire de l’Humanité, ces deux questions sont présentes et se résument en une seule : d’où je viens ?

Une question existentielle, premières réponses par le mythe !

« Ce qui a créé l’humanité, c’est la narration » P. Janet (sité par J.-L. Le Quellec)

« Les humains et les animaux sortirent un jour de terre par une ouverture identifiable à une grotte ». Pour l’archéologue et anthropologue Jean-Loïc Le Quellec (La caverne originelle, 2022) cette phrase résume, le grand mythe de l’émergence humaine apparu quelque part en Afrique il y a plus de 60 000 ans.

L’Homme s’est toujours interrogé sur la question des origines : de l’univers, de la terre, de la vie, de l’humanité et de ses propres origines. Très tôt, il a éprouvé le besoin de construire des récits pour y répondre. Les mythes, ancêtres des religions, que l’on retrouve dans toutes les sociétés, sont ces premières narrations sur les origines.

Les travaux tout récents et très novateurs de Jean-Loïc Le Quellec permettent d’avancer que ce mythe de l’émergence s’est répandu, depuis l’Afrique australe, tout autour de la planète à la faveur de son peuplement progressif par notre espèce. Les plus anciennes représentations peintes ou gravées d’animaux et d’humains retrouvées en Eurasie sont à peu près contemporaines de l’arrivée de Sapiens sur le continent il y environ 40 000 ans. Les peintures de la grotte Chauvet en Ardèche, datées de près de 36 000 ans seraient donc à ce jour le témoignage concret le plus ancien de ce mythe cosmogonique en Europe.

Rhinoceros oeint grotte préhistorique Vallon pont d'Arc

 

Rhinocéros peint de la grotte

de  Vallon-Pont-d'Arc (Ardèche).

Vers 36 000 ans avant le présent.  

De la cosmogonie à la généalogie : une affaire de familles et de racines

Le terme généalogie est issu d’un verbe grec : « genealogein ». Il signifie « connaître (-logein) la parenté d’une personne (genea-) ». 

On le trouve déjà sous la plume de l’historien Hérodote au Ve siècle avant notre ère.

L'Odyssée d'Homère et les prémisses de la généalogie

Dans l'Odyssée d'Homère, Télémaque dit devant son père Ulysse qu'il n'a pas encore reconnu, une généalogie de sa lignée paternelle :

« Zeus n'a jamais donné qu'un fils aux hommes de ma race.

Ainsi, Arcesios n'eut qu'un seul fils, Laërte ;

Et celui-ci n'eut que le seul Ulysse ;

Puis Ulysse ne laissa au palais que moi seul ... »

L’histoire de la généalogie est « inséparable de l’histoire des représentations religieuses et des idéologies qui se sont déposées dans la culture occidentale » André Burguière ,Histoire de la France. Le Seuil. 1990.

Les généalogies sont d’abord divines. On les trouve dans la plupart des cosmogonies (les mythes relatifs à la création du Monde et de l’Homme). Les premiers témoignages écrits se trouvent en Mésopotamie il y 5000 ans. La Théogonie, écrite par le poète grec Hésiode il y a 2800 ans est le récit mythique de l’origine et de la succession des générations divines grecques.

Puis, la généalogie devient l’expression d’une descendance issue d’un ancêtre divin ou d’un grand personnage à l’origine de la lignée. C'est ce que nous rapporte ainsi Télémaque dans l'Odyssée (cf ci-contre).

Dans l’antiquité romaine, les familles aristocratiques constituent des lignes de filiation formant des clans familiaux dont les membres légitiment leur pouvoir politique et religieux par un ancêtre commun. On y regroupe les individus qui possèdent le même ancêtre et dont le nom se transmet en ligne masculine. Tous les parents par les femmes en sont donc exclus. Ainsi, Jules César revendique, par son lignage, une ascendance d’hommes politiques remontant au VIe siècle avant notre ère et au-delà, jusqu’à la déesse Vénus !

Durant le Moyen-âge la question des lignages demeure surtout une préoccupation des familles nobles et des religions du Livre.

Ce n’est qu’après la Révolution Française que la généalogie commence à se démocratiser et intéresser progressivement toutes les couches de la société.

Aux racines de l'arbre généalogique

Plusieurs auteurs latins nous apprennent que les familles d’aristocrates faisaient peindre sur les murs de leurs riches demeures des tableaux composés des portraits de leurs illustres ancêtres reliés entre eux par une guirlande (stemma en latin). Ces tableaux sont l’ancêtre de l’arbre généalogique. Aucune représentation n’en est conservée.

Ce n’est qu’au XIIe siècle qu’apparaît une innovation qui va structurer la représentation des lignages jusqu’à aujourd’hui : la métaphore et l’iconographie de l’arbre ! Les plus anciens arbres représentent la généalogie biblique du personnage de Jésus. L’objectif reste le même que durant l’Antiquité : se rattacher à un lignage, montrer sa fidélité à celui-ci, afficher un enracinement dans un lieu, un milieu social, politique, culturel.

 

Cette enluminure du XIe siècle représente Jessé (père de David et ancêtre de Jésus) assis à droite,

un arbre sortant entre ses pieds et les branches portant les ancêtres de Jésus. Dieu est au sommet.

Deux métaphores écrites de l’arbre disent les origines de Jésus :

- Au centre : « La vierge est sortie d’une racine de Jesse »

- Sur le phylactère : « Un rameau de Jesse s’épanouit en une splendide fleur ».

enluminure du XIe siècle; premier arbre généalogique connu
modèle d'abre généalogique

L’arbre en est la représentation consacrée de la famille sous la forme d’un schéma arborescent partant d’un individu "racine" et remontant vers les individus parents dans les "branches" et les "feuilles".

La généalogie : pour renforcer les liens avec nos ancêtres

 

Depuis une quarantaine d’années, la quête généalogique a gagné toute la société : la consultation des Archives nationales et le nombre d‘associations généalogiques ont explosé en France.

Parmi toutes les motivations, domine celle du « devoir de mémoire et du sentiment de dette envers les générations plus anciennes dans une attente de légitimation du passé familial et un désir de continuité et d’ancienneté » (C. Rodet). Les mobilités sociales intensifiées depuis la dernière Guerre mondiale -et leur corollaire les déracinements- ne sont sans doute pas étrangers à ce besoin de recherche de racines.

Aujourd’hui la généalogie est devenue une discipline scientifique qui étudie la parenté et la filiation entre les individus. C’est une activité pratiquée à la fois à titre de loisir, mais également par des professionnels, notamment le domaine médico-psychologique. La généalogie sert à la médecine organique qui étudie la transmission des maladies génétiques et héréditaires et à la psychologie qui étudie la transmission des traumatismes entre les générations. 

 

La généalogie et l’histoire de la famille sont des domaines fascinants, très utiles à la société.

Elles nous permettent de découvrir les racines profondes de nos identités et de comprendre notre passé,

nos dynamiques familiales actuelles et de renforcer nos liens avec nos ancêtres.

Elles sont un puissant outil à disposition de la thérapie transgénérationnelle que je la pratique.

 

Les travaux de la psychiatre Anne Ancelin-Schützenberger qui a développé l'outil du génosociogramme appuyé sur l'arbre généalogique font désormais autorité. 

Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir les enjeux psychiques et symboliques de la filiation,

son ouvrage Aïe, mes aïeux ! constitue une référence fondatrice.

Références pour aller plus loin sur la généalogie :

Greggi Candice : L’imaginaire généalogique à Rome : un réseau de sang ? https://books.openedition.org/pur/154022?lang=fr

Le Quellec Jean-Loïc : La caverne originelle. Art, mythes et premières humanités. La Découverte, 2022

Rodet Chantal. Généalogies. Presses universitaires de Lyon, 2010.


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